Madame Men Chandevy est directrice du Centre du patrimoine au Ministère de la Culture et des Beaux-Arts du Cambodge et vice-rectrice de l’Université Royale des Beaux-Arts (URBA), établissement membre de l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) depuis 1996. Elle a consacré sa carrière à la conservation et la restauration du patrimoine ainsi qu’au renforcement de la qualité de l’enseignement supérieur en français. Aujourd’hui, elle partage avec nous son point de vue sur les apports des coopérations universitaires francophones.
AUF : Merci de nous avoir accordé cet entretien. Présentez-nous votre établissement en quelques mots.
Fondée en 1989, l’Université Royale des Beaux-Arts (URBA) est une université publique du Cambodge située à Phnom Penh offrant plusieurs programmes reliés aux arts cambodgiens. Son campus est situé aux côtés du musée national du Cambodge et du palais royal de Phnom Penh.
L’URBA propose actuellement 5 spécialités incluant archéologie, architecture, arts plastiques, arts chorégraphiques et musique. Les cours sont dispensés non seulement en khmer, mais aussi en langues étrangères, dont deux en français. C’est un facteur qui facilite la coopération internationale.
AUF : Combien de formations francophones au sein de votre établissement sont accompagnées par l’AUF ?
L’URBA a mis en place depuis 2013 la licence francophone en archéologie et le master francophone en « langues, littératures et civilisations étrangères et régionales ». Ces formations s’inscrivent dans le cadre du projet Manusastra monté par l’INALCO (Institut national des langues et civilisations orientales) avec l’accompagnement de l’AUF et de l’IRD (Institut de recherche pour le développement). Elles forment de jeunes experts de haut niveau, nationaux de pays du sud-est asiatique, Cambodge et Laos au premier chef, francophones et spécialisés dans l’étude, la conservation et la mise en valeur du patrimoine intellectuel, culturel et historique de la région.
AUF : Quels sont les projets que vous avez pu développer grâce à l’AUF ? Pourriez-vous citer un exemple ?
L’AUF nous a accompagné dans la création de la licence francophone en archéologie et du master « Langues, Littératures et Civilisations régionales et étrangères ».
Après l’ouverture de ces deux formations, l’enseignement du français s’est imposé au sein de la faculté d’archéologie. L’AUF nous a aidé en juin dernier à créer un département de Français. Avec ce nouveau département, la direction de l’université a décidé d’étendre l’apprentissage obligatoire du français aux autres facultés, en commençant par celle d’architecture.
Notons par ailleurs que nos professeurs de Français ont bénéficié de nombreuses formations continues accompagnées par l’AUF.
AUF : D’après vous, quelles sont les valeurs ajoutées de la langue française dans l’enseignement supérieur et dans la recherche, notamment à travers les actions que mène l’AUF ?
Il est indéniable que le français est une chance pour nos étudiants, notamment en archéologie et en architecture. À l’URBA, le renforcement de cette langue est une priorité puisque la plupart de documents et d’archives sur l’histoire et la culture sont en français. Au niveau international, le français permet d’élargir notre horizon et d’enrichir nos connaissances.
AUF : Quelles étaient les motivations qui ont incité votre établissement à rejoindre le réseau de l’AUF ?
Devenir membre de l’AUF signifie la possibilité de bénéficier de la synergie d’un vaste réseau des partenaires non seulement académiques mais aussi socio-économiques. Des partenariats nés de ce réseau sont capables d’apporter des réponses à nos besoins d’expertises. Cet apport nous est précieux, tant au niveau de l’innovation pédagogique qu’au niveau de la recherche et de la gouvernance universitaire.
AUF : Avec quels partenaires universitaires francophones développez-vous vos projets ?
Mes années d’études en France m’ont permis de construire un réseau d’archéologues et d’architectes ainsi que d’établir de nouveaux partenariats. Une convention de partenariat entre l’URBA, l’université de Paris Belleville et l’université de Toulouse a été signée pour la formation des étudiants et des enseignants de notre établissement.
Avec l’université Jean-Jaurès de Toulouse, nous avons construit ensemble un projet de stage sur terrain pour 16 étudiants et enseignants pendant un mois à Phnom Banon, Battambang. Pour la première fois, les techniques de l’archéologie du bâti ont été enseignées à l’URBA. À l’issue de ce stage, les deux meilleurs étudiants du département d’archéologie ont été envoyés en France pour un stage d’un mois.
Les coopérations entre l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Toulouse et la faculté d’architecture et d’urbanisme de l’URBA ont été établies depuis avril 2016. Fruit de ce partenariat, le récent atelier du patrimoine urbain de la province de Battambang sur le thème « Relevé et mise en valeur du marché de Battambang, essai de restauration critique » a permis aux 17 étudiants en architecture de travailler sur le terrain.
AUF : Quelle est l’expertise de votre établissement à laquelle nous pourrions faire appel pour monter des projets innovants (formation, recherche, numérique éducatif ou gouvernance universitaire)
Nous avons l’ambition de créer au sein de l’URBA des formations en architecture et en archéologie, de niveau master et doctorat, aptes à former des ressources humaines qualifiées en la matière.
Grâce aux partenariats de longue date avec le réseau des archéologues du monde entier et notamment avec l’EFEO (École française d’Extrême Orient), L’Université commence à avoir une expertise internationale en archéologie.
AUF : Quels sont vos projets avec l’AUF ?
Nous envisageons de réaliser avec l’AUF formation à distance (FOAD ou E-Learning) en archéologie et architecture. Faute d’expériences de nos enseignants dans ces nouvelles pratiques, il nous reste à analyser la manière d’exploiter cette innovation pédagogique sans dénaturer la formation en archéologie qui consiste en premier lieu en un travail de terrain. Ce dossier mérite de sérieuses préparations et nécessite une expertise importante de l’AUF. En tout cas, je me réjouis des apports positifs que nous avons pu tirer de la synergie entre les établissements membres de l’AUF.